L’entrepreneuriat à deux voix

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Amandine Boutang et Annabel Jouison sont chargées d'accompagnement et d'animation au sein de UBee Lab, l’incubateur étudiant de l’université de Bordeaux. Un duo de choc au service de ces jeunes entrepreneurs. Portraits croisés.

Photo : Amandine Boutang et Annabel Jouison dans les locaux de UBee Lab sur le campus de Bordeaux Bastide ©Gautier Dufau
Amandine Boutang et Annabel Jouison dans les locaux de UBee Lab sur le campus de Bordeaux Bastide ©Gautier Dufau

Elles sont enjouées, engagées, enthousiastes et positives. Encourageantes, bienveillantes et stimulantes. Ni psy, ni coach, Amandine Boutang et Annabel Jouison sont « chargées d’accompagnement et d’animation » dévouées aux jeunes UBees, ces étudiants entrepreneurs membres de l’incubateur universitaire bordelais UBee Lab.

À respectivement 34 et 35 ans, elles ont aussi quelques années d’expériences d’entrepreneuriat au compteur. « Après mes études à l’université de Bordeaux en IUT Tech de co puis en licence pro « entrepreneuriat », j’ai eu envie de me lancer dans la restauration. J’ai toujours aimé être dans l’action » raconte Annabel Jouison. Mais avant le grand saut, la jeune femme prend le large et sillonne l’Asie et l’Amérique du Sud avec son futur conjoint pendant un an. À leur retour en 2016, ils ouvrent un café-restaurant au cœur du quartier Saint-Michel à Bordeaux. « Compta, cuisine, service, communication, gestion… nous faisions tout nous-mêmes et étions très heureux » poursuit-elle. Un enfant, puis deux changent un peu la donne. Le couple vend son restaurant juste avant le Covid en 2020. Une aubaine.

S’engager et accompagner

Dans un autre registre, Amandine Boutang a vécu l’aventure entrepreneuriale en créant au sein de sa commune de Cambes dans l’Entre-deux-Mers, « La Plastiquerie », un atelier de valorisation des matières plastiques. « L’engagement citoyen est important pour moi. J’avais à cœur de m’impliquer dans la vie politique locale. J’ai également été élue conseillère municipale en 2020 » explique-t-elle.

L’engagement, l’attachement au territoire, le bien commun et l’accompagnement sont en effet les fils rouges de son parcours. Après deux ans de licence AES à Toulouse (une formation pas assez concrète qui ne lui convient pas), elle part un an en Allemagne faire un Service Volontaire Européen au sein d’une maison de jeunes qu’elle accompagne dans l’organisation de multiples activités. À son retour, Amandine Boutang souhaite se lancer dans la filière vitivinicole et se forme au marketing et à la communication spécialisée en la matière. Elle s’intéresse parallèlement à la gestion et la reprise d’entreprise. Un diplôme de master en poche, elle travaille quatre ans au sein d’une petite maison de négoce bordelaise avant de se consacrer à la Plastiquerie.
« J’ai été accompagnée par Technowest, l’incubateur de startups bordelais, tout au long du montage du projet et j’ai adoré ça » affirme la jeune femme. Aussi, deux ans et demi plus tard, lorsqu’elle voit passer une offre de chargée d’accompagnement à UBee Lab, elle n’hésite pas à postuler. « La perspective d’être en contact avec les étudiants et de les aider à construire des projets me réjouissait » poursuit-elle.

Passer de l’autre côté de la barrière

C’est ainsi qu’Amandine Boutang intègre UBee Lab en 2022 aux côtés d’Annabel Jouison, elle-même recrutée en 2021 pour la même mission. « Après avoir expérimenté l’entrepreneuriat, j’ai eu envie à mon tour d’accompagner les jeunes entrepreneurs à monter leurs structures. J’ai travaillé plusieurs mois au sein de l’association Initiative Gironde dont le but est d’octroyer des prêts d’honneur aux créateurs d’entreprises avant de rejoindre la team UBee Lab » explique-t-elle.
Ainsi elles travaillent en équipe avec Bastien Buoro et Maxime Gros également chargés d’accompagnement.  Ils se répartissent à eux quatre 120 projets étudiants sur les 175 que sélectionne l’incubateur tous les ans. Le reste est traité par des prestataires extérieurs.

« Notre mission est triple : nous accompagnons individuellement les incubés, à raison d’un entretien d’1h30 par mois et organisons des moments collectifs par le biais d’ateliers animés par des experts sur des thématiques définies toutes les semaines. Nous animons par ailleurs des formations de sensibilisation à l’entrepreneuriat au sein des différents cursus de l’université de Bordeaux, de la licence au doctorat. Notre objectif est de faire réfléchir les étudiants à partir de cas fictifs. Nous travaillons la conviction, la confiance, le développement des compétences, la créativité, l’organisation, le relationnel…qualités essentielles pour créer une entreprise et entrer dans la vie professionnelle. C’est passionnant. Enfin, nous avons la casquette communication afin de faire connaitre l’incubateur au sein de l’écosystème entrepreneurial régional, national, voire international » détaille Annabel Jouison avec enthousiasme. 

« Notre expérience d’entrepreneuses nous aide à nous adapter. Nous sommes agiles, un peu comme des parents… » poursuit Amandine Boutang.

Notre travail c’est de parler avec ces jeunes, de les écouter, les conseiller, les encourager, les consoler, les rassurer et de faire en sorte qu’ils échangent. Nous veillons sur eux et sur leurs projets ; nous les alertons si la direction n’est pas bonne.

Un travail d’équipe

L’ambiance à UBee Lab, c’est comme dans une ruche. Ça butine ça bourdonne et ça travaille sans cesse. La solidarité est permanente. Les UBees ont des profils divers et variés ; certains sont très engagés, d’autres moins. Quelques-uns abandonnent, certains recommencent.

À la fin, entre 15 et 20% d’entre eux aboutissent à la création d’une structure. Quelle que soit l’issue, ils auront appris à capitaliser sur leurs compétences et leurs expériences. « Je tiens à préciser que l’entrepreneuriat n’est pas réservé qu’aux bons élèves. Nous essayons de démocratiser ce concept qui n’a pas à voir qu’avec la recherche de profit. Certains trouvent leur voie grâce à l’entrepreneuriat à l’instar de Tom Laporte. Tout le monde peut y arriver » insiste Annabel Jouison.  

« Notre bonheur est de voir les étudiants s’épanouir dans et par ce qu’ils font. Je trouve qu’ils ont confiance dans l’avenir, ils ont une vision positive, ils réfléchissent et se posent les bonnes questions. Ils avancent. À leurs côtés, nous nous sentons utiles, c’est stimulant d’être en contact avec la jeunesse » renchérit pour conclure Amandine Boutang.